En bref

Une paix avec le Liban est possible, mais seulement sans le Hezbollah

Résumé

Par Sacha Wigdorovits

Il n’est pas certain que le régime des mollahs en Iran puisse être renversé, même après plus de six semaines de guerre. D’autant plus que l’actuelle trêve de 14 jours, à laquelle le président américain Donald Trump a donné son accord pour des raisons de politique intérieure et des considérations économiques, est une erreur. Elle ne profite qu’au gouvernement de Téhéran. Pour la population iranienne, qui voit dans la guerre une occasion de se débarrasser d’un régime meurtrier qu’elle déteste, la trêve est en revanche une cruelle déception.

Il s’agit également d’un pas en arrière pour l’Occident dans son ensemble, et pas seulement pour Israël. Pour l’instant, l’Iran dispose toujours de missiles à longue portée et reste donc une menace pour nous tous. Cela ne changera pas tant que les mollahs seront au pouvoir. Car aucun traité ne peut être conclu avec un gouvernement de fanatiques religieux et de criminels de guerre. Ils seront toujours rompus. C’est ce que nous enseignent l’histoire et le bon sens.

Et c’est ce que montre la situation actuelle : en effet, malgré le prétendu cessez-le-feu, l’Iran continue d’attaquer ses voisins arabes du Golfe avec des drones et des missiles. De même, le détroit d’Ormuz, important pour le transport du pétrole vers l’Europe et l’Asie, est toujours fermé. Il faut donc espérer que le président Trump finira par comprendre l’inutilité des négociations avec le régime iranien et qu’il tentera à nouveau, avec Israël, de vaincre le régime de Téhéran par des moyens militaires.

Au Liban, la paix avec Israël semble possible …

La situation au Liban est différente de celle de l’Iran. L’armée israélienne y poursuit sa lutte contre le Hezbollah. Une lutte que l’organisation terroriste chiite a déclenchée début mars, lorsqu’elle a rompu son cessez-le-feu avec Israël sur ordre des mollahs de Téhéran. Depuis, elle a recommencé à tirer des roquettes sur la partie nord de l’État hébreu, y compris sur les villes de Haïfa et Naharyia.

Ces tirs ont pour conséquence que plus d’un demi-million d’Israéliens vivant dans le nord du pays ont dû passer une grande partie de leur temps dans les abris depuis des semaines ou ont même été contraints de quitter leurs colonies pour se mettre à l’abri plus au sud. Le délai d’alerte avant la chute d’une roquette, le temps de se réfugier dans l’abri, est alors de 15 à 60 secondes selon les endroits. Ce n’est pas nouveau que cela soit « oublié » par les médias occidentaux.

Le Hezbollah a pu attaquer Israël parce que le gouvernement libanais n’est pas en mesure d’imposer le « monopole de la force » promis sur son propre territoire. Un tel « monopole de la force » reviendrait à désarmer l’organisation terroriste. Le gouvernement de Beyrouth avait fait cette promesse en novembre 2024, lorsque, sous la pression américaine, Israël avait accepté de conclure un cessez-le-feu avec le Hezbollah.

Il était toutefois déjà clair à l’époque que le gouvernement libanais ne pouvait pas maîtriser le Hezbollah. L’armée libanaise est inférieure en termes de forces à la troupe terroriste. De plus, elle compte de nombreux chiites qui sont plus proches de leurs coreligionnaires du Hezbollah que de leur propre gouvernement. C’est pourquoi ils soutiennent l’organisation terroriste en partie avec des armes de l’armée.

Le Hezbollah n’a rien à craindre non plus de la FINUL, la prétendue « force de maintien de la paix » de l’ONU stationnée au Liban. Celle-ci s’est toujours gardée de se mettre en travers du chemin des terroristes et les laisse faire au moins en silence. Un coup d’œil à la frontière entre Israël et le Liban montre comment le Hezbollah a été autorisé à installer librement ses dépôts d’armes à quelques mètres des bases de la FINUL.

Soutenue par l’Iran, et auparavant par la Syrie, l’organisation terroriste chiite tient donc toujours en otage le Liban et le gouvernement libanais.

« Le Hezbollah travaille à l’abolition de l’État libanais », écrit sur « X » (anciennement « Twitter ») Peter Germanos, ancien président du tribunal militaire libanais, aujourd’hui professeur à l’université catholique Saint Joseph de Philadelphie. « Elle veut transformer le Liban en une plateforme de missiles gérée par les Gardiens de la révolution iraniens ».

… mais Israël doit d’abord mettre le Hezbollah hors d’état de nuire

Il est donc dans l’intérêt du Liban qu’Israël poursuive sa lutte contre le Hezbollah jusqu’à ce que celui-ci soit militairement éliminé, même si le gouvernement libanais ne l’admet pas publiquement. En effet, seul Israël est en mesure de mettre l’organisation terroriste chiite hors d’état de nuire. C’est pourquoi le gouvernement libanais est désormais prêt à entamer des pourparlers de paix avec Israël, sans qu’Israël ne cesse d’abord de lutter contre le Hezbollah.

Il s’agit des toutes premières négociations de paix directes entre le Liban et l’État juif qu’il n’a pas encore officiellement reconnu. Une paix offrirait au Liban une chance de stabilité et de reconstruction après plus de quatre décennies de luttes de pouvoir militaires et politiques internes et externes. De son côté, Israël pourrait enfin offrir à sa population du nord du pays la tranquillité et la protection contre les attaques de roquettes.

Dans sa lutte contre le Hezbollah, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a donc toute la population et l’opposition politique israéliennes derrière lui. Il est peu probable qu’il répète l’erreur de 2024 et cesse de lutter contre le Hezbollah avant que celui-ci ne soit éliminé en tant que facteur militaire. Il faut au moins l’espérer dans l’intérêt d’Israël et du Liban.


Sacha Wigdorovits est président de l’association Fokus Israel und Nahost, qui gère le site web fokusisrael.ch. Il a étudié l’histoire, la germanistique et la psychologie sociale à l’université de Zurich et a travaillé, entre autres, comme correspondant aux États-Unis pour la SonntagsZeitung, a été rédacteur en chef du BLICK et cofondateur du journal pour pendulaires 20minuten.

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