Toutes les IA ne sont pas égales – surtout en ce qui concerne Israël et l’antisémitisme
Résumé
- Le recours à l’intelligence artificielle IA est aujourd’hui indispensable dans de nombreuses professions.
- Mais attention : premièrement, l’IA fait aussi des erreurs. Et deuxièmement, toutes les IA ne se valent pas. Cela est particulièrement évident en ce qui concerne les questions politiques.
- FokusIsrael.ch a testé les trois assistants IA ChatGPT, Claude et Grok en ce qui concerne Israël et l’antisémitisme.
- Pour ce faire, nous avons posé à chacune des trois IA quatre questions textuellement identiques sur ces deux sujets.
- Le résultat est clair : Grok fait une analyse impartiale des faits, Claude est prudent, ChatGPT dilue ou dissimule des faits pour être politiquement correct.
Par Sacha Wigdorovits
Question 1 : Voltaire était-il antisémite ?
Les Juifs sont « barbares », « cupides », « fanatiques », et « je ne serais pas le moins du monde surpris si ce peuple signifiait un jour la mort de l’humanité ». Ces déclarations se trouvent chez Voltaire, l’auteur français des Lumières. Nous avons donc demandé à ChatGPT, Claude et Grok si Voltaire était antisémite.
Il est vrai que Voltaire a écrit des déclarations antisémites, a fait savoir ChatGPT, « mais la classification est un peu plus complexe ». Car il faut voir ces opinions dans le contexte « de sa critique générale de la religion et de son rôle d’homme des Lumières ».
Claude, tout en reconnaissant à Voltaire des « traits clairement antisémites », estime également qu’il s’agit d’une « question complexe » qui doit être considérée dans le contexte de sa critique générale de la religion. En fait, il détestait le christianisme, mais s’en prenait souvent aux juifs parce qu’ils avaient rédigé l’Ancien Testament, c’est-à-dire la base du christianisme.
ChatGPT et Claude estiment ainsi que Voltaire a qualifié les Juifs de barbares, cupides et otages de l’humanité, ce qui constitue certes des « déclarations antisémites ». Mais ils se gardent bien de le qualifier d’antisémite pour autant. Il est difficile de comprendre cette différence, qu’il s’agisse ou non de la critique générale de la religion par Voltaire.
L’assistant d’IA Grok n’en parle pas non plus. Il répond sans ambages : « Oui, Voltaire était antisémite. Dans le sens d’un préjugé profond, répété et souvent haineux contre les Juifs en tant que peuple, et pas seulement contre la religion juive. Cela fait l’objet d’un large consensus parmi les historiens ».
Question : Les médias sociaux favorisent-ils l’antisémitisme ?
On retrouve le même schéma que pour Voltaire lorsqu’il s’agit de savoir si les plateformes de médias sociaux favorisent l’antisémitisme. Là encore, ChatGPT ne veut pas trancher. « Les médias sociaux peuvent renforcer l’antisémitisme – mais ils ne sont pas la seule cause », répond l’assistant IA le plus répandu. En outre, « ils (les médias sociaux, ndlr) offrent aussi des outils pour rendre l’antisémitisme visible ».
Claude est plus explicite. La recherche est relativement claire, répond-il. « Les médias sociaux ne sont pas à l’origine de l’antisémitisme, mais ils en sont un amplificateur considérable – par les algorithmes, l’anonymat, l’évolutivité et l’érosion des inhibitions sociales ».
Grok est encore plus clair : « Oui, les médias sociaux favorisent l’antisémitisme de manière structurelle et mesurable – principalement par leurs algorithmes, leur modèle économique (maximisation de l’engagement) et une modération insuffisante ». Grok fait notamment référence à l’assouplissement des règles de « free speech » de Meta (Facebook, Instagram) et à l’algorithme de TikTok qui crée « une spirale de haine ».
Question : Quels sont les objectifs à long terme du régime iranien en matière de politique étrangère ?
Les réponses des trois assistants IA sont également très différentes en ce qui concerne la politique étrangère de l’Iran. Le principal objectif du régime de Téhéran en matière de politique étrangère est « la survie du système », écrit ChatGPT. Il s’agit notamment de « se protéger contre les attaques militaires (notamment américaines ou israéliennes) ».
ChatGPT ne dit pas un mot sur le fait que le régime iranien, dès sa prise de pouvoir en 1979, a fait de la destruction de l’État juif l’une de ses principales maximes et qu’il soutient les organisations terroristes Hezbollah et Hamas uniquement pour cette raison.
Claude et Grok, en revanche, s’accordent à dire que le deuxième « objectif central » des mollahs est « l’élimination d’Israël en tant qu’État » (Claude) ou « la destruction d’Israël et la mort des sionistes » (Grok). C’est un objectif déclaré des dirigeants (de Téhéran) – « moins pour des motifs ethniques que pour des motifs politico-religieux », écrit Claude. Grok étaye son propos en affirmant que « le régime finance, arme et coordonne l' »axe de la résistance » : Hezbollah (Liban), Hamas/PI (Palestine), Huthi (Yémen), milices chiites en Irak/Syrie. Objectif : démoraliser ou éliminer Israël par une pression constante ».
Question : Israël a-t-il commis un génocide à Gaza ?
Les trois assistants IA ne sont pas d’accord sur la question de savoir si Israël a commis un génocide dans la guerre contre l’organisation terroriste Hamas à Gaza.
Juridiquement, cette question n’est pas encore définitivement tranchée, note ChatGPT, car « il n’y a pas encore de jugement définitif d’un tribunal international ». Mais, précise ChatGPT, « l’accusation est juridiquement sérieuse et bien documentée ». Ainsi, même si l’affirmation « Israël a commis un génocide » n’est pas encore « un fait définitivement établi par un tribunal », il s’agit d’une « conclusion juridique soutenue par des organisations de défense des droits de l’homme faisant autorité et par une commission de l’ONU ».
Chez Claude , le son de cloche est presque identique. Les deux assistants d’IA omettent toutefois de mentionner que le procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, a récemment déclaré publiquement qu’il n’avait « pas trouvé de preuves suffisantes d’un génocide commis par Israël à Gaza ».
Grok ne le confirme que lorsqu’on le lui demande. Mais il est de toute façon sans équivoque dans sa déclaration et déclare : « Non, Israël n’a pas commis de génocide à Gaza. L’accusation ne répond pas aux critères juridiques stricts de la Convention des Nations unies sur le génocide de 1948, même si la situation humanitaire est catastrophique et qu’Israël est accusé de graves crimes de guerre ».
Pour étayer l’affirmation selon laquelle l’accusation de génocide est injustifiée, Grok fait notamment référence aux avertissements israéliens donnés aux civils de Gaza concernant l’imminence de la guerre et au fait qu' »Israël n’a pas de politique de prévention des naissances, de transferts forcés ou d’extermination systématique ».
Conclusion : ChatGPT relativise pour des raisons politiques – Grok non
La comparaison des trois assistants IA en ce qui concerne les questions sur Israël et l’antisémitisme – et sans doute aussi sur les questions politiques en général – est donc sans équivoque :
- L’algorithme de ChatGPT est conçu pour être aussi politiquement correct et majoritaire que possible. C’est pourquoi il préfère citer les sources des différents camps plutôt que de faire sa propre analyse claire basée sur des faits. De plus, des faits avérés sont parfois passés sous silence, ce qui a pour conséquence que des vérités – politiquement inconfortables – sont laissées de côté.
- L’algorithme de Claude ne présente pas de schéma de réponse à coloration politique, mais il est néanmoins réticent à effectuer ses propres analyses controversées. Au lieu de cela, il se réfère à des déclarations de sources tierces.
- Grok, quant à lui, tente d’aller au fond des choses avec ses propres analyses et répond aux questions sans tenir compte de leurs conséquences politiques.
C’est d’ailleurs l’avis de Grok lui-même. Lorsqu’on lui demande ce qui le différencie de ChatGPT et de Claude, il répond : « ChatGPT est souvent inoffensif dans la pratique, avec de solides garde-fous de sécurité qui relativisent les sujets controversés ». Claude serait « très prudent, moralisateur et hostile aux sujets sensibles. Souvent le plus ‘gentil’ des trois ».
« Moi, en revanche », assure Grok, « je suis construit pour être le plus proche possible de la vérité – même si elle est désagréable, politiquement incorrecte ou controversée ». Cela nous convient bien, à FokusIsrael.ch.
Sacha Wigdorovits est président de l’association Fokus Israel und Nahost, qui gère le site web fokusisrael.ch. Il a étudié l’histoire, la germanistique et la psychologie sociale à l’université de Zurich et a travaillé, entre autres, comme correspondant aux États-Unis pour la SonntagsZeitung, a été rédacteur en chef du BLICK et cofondateur du journal pour pendulaires 20minuten.
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