Pourquoi l’Holocauste doit rester présent aujourd’hui et à l’avenir
Par Isabelle Arnau
Un article de la Neue Zürcher Zeitung [i] a récemment attiré l’attention sur une évolution inquiétante : De plus en plus de jeunes ne savent rien ou presque de l’Holocauste. Cela ne soulève pas seulement la question de savoir quelle est la responsabilité des écoles dans cette évolution. Cela soulève également deux questions plus fondamentales : Existe-t-il des arguments en faveur de l’oubli ? Et quelles sont les raisons qui plaident résolument contre l’oubli ?
L’Holocauste désigne l’extermination de six millions de Juifs européens par le régime nazi allemand entre 1941 et 1945, organisée par l’État et menée à l’échelle industrielle. C’est ce qu’on appelle la « solution finale de la question juive ». Des lieux tels que le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau sont aujourd’hui des symboles de ce crime contre l’humanité. Le souvenir de ces événements est un élément central de la culture du souvenir et de l’éducation politique en Allemagne et en Europe.
Dans ce contexte, l’oubli délibéré de l’Holocauste n’est guère revendiqué publiquement. Pourtant, des arguments sont régulièrement avancés pour justifier, au moins implicitement, un tel oubli :
Le recul dans le temps. L’Holocauste a eu lieu il y a plus de 80 ans. Les témoins de l’époque meurent, les références personnelles disparaissent. Pour les jeunes, l’époque nazie semble de plus en plus abstraite et lointaine.
surmenage dû à une présence permanente. Certains affirment que le fait de parler constamment de l’Holocauste conduit à une « fatigue de la mémoire ». En Allemagne notamment, l’accent est mis sur la période nazie, ce qui réduit la place accordée aux autres thèmes historiques.
Problèmes d’identification: les jeunes issus de l’immigration ne perçoivent pas l’Holocauste comme « leur histoire ».
Ces arguments peuvent sembler plausibles à première vue. Cependant, ils ne justifient pas l’oubli d’un point de vue moral, historique ou politique. Ce sont les principaux arguments pour lesquels l’Holocauste doit rester à jamais dans les mémoires et être abordé :
Un devoir moral. L’Holocauste a été un crime contre l’humanité sans précédent. L’oublier reviendrait à humilier une seconde fois les six millions de victimes. Le devoir d’empêcher cela nous incombe à tous et pour tous les temps. Car la défense de la dignité humaine et de la liberté est universelle et n’a pas de date d’expiration.
fonction d’avertissement. L’antisémitisme existe toujours – et depuis le massacre du 7 octobre 2023, au cours duquel 1 200 personnes, principalement juives, ont été assassinées, il est à nouveau beaucoup plus virulent qu’auparavant. La connaissance de l’histoire du nazisme et de l’Holocauste sensibilise aux dangers de cette évolution malheureuse.
La responsabilité. La confrontation avec l’Holocauste est une question de responsabilité politique. Cela ne vaut pas seulement pour l’Allemagne – qui assume cette responsabilité le plus consciencieusement – et pour ses complices de l’époque en Autriche, en Pologne, aux Pays-Bas, en France, en Belgique, en Ukraine, en Hongrie, en Slovaquie, en Roumanie, en Croatie, dans les pays baltes et en Italie. Cela vaut pour l’ensemble du monde civilisé. C’est la seule façon de prévenir le risque de voir se répéter une rupture de civilisation comme celle qui a marqué les crimes nazis.
Prévenir le révisionnisme historique. Depuis la fin de l’Holocauste, on tente régulièrement de le nier, de le minimiser ou de le comparer à d’autres événements (par exemple à la guerre à Gaza). Cette évolution, souvent d’origine politique, ne peut être contrée que si la connaissance de l’Holocauste est transmise aux générations actuelles et futures.
Les écoles ont bien entendu une grande responsabilité dans la transmission de ces connaissances, dans le fait que l’ampleur, le caractère unique et l’importance de l’Holocauste ne soient pas oubliés et que la jeune génération soit sensibilisée aux dangers de l’antisémitisme et du racisme. Mais il en va de même pour la politique. Car comme le souligne par exemple Jan Gerber dans son livre « Nie wieder. Die deutsche Linke und der Antisemitismus nach Auschwitz », la confrontation avec l’antisémitisme et les continuités idéologiques après 1945 reste un défi permanent.
Cela ne vaut pas seulement pour certains milieux politiques, mais pour notre société démocratique dans son ensemble. La mémoire ne doit donc pas être un acte historique clos, qui sera un jour coché et mis de côté. La mémoire permet de s’assurer en permanence des normes morales, juridiques et politiques qui soutiennent une société libérale. Et rien ne peut mieux nous montrer ce qui se passe lorsque ces normes font défaut que le souvenir de l’Holocauste.
[i] Zelda Biller, NZZ du 23 février 2026 : « L’Holocauste disparaît : Le souvenir du plus grand crime contre l’humanité de l’histoire risque de tomber dans l’oubli ».
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