En bref

CommentaireLa violence des colons illustre pourquoi Israël a besoin d’un nouveau gouvernement

En Cisjordanie, les actes de violence commis par des colons juifs extrémistes à l’encontre de la population arabe se multiplient. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste passivement à cette terreur des colons ou en minimise l’importance, car il ne souhaite pas compromettre davantage ses chances lors des prochaines élections. Cela est inacceptable.

Le 27 octobre, les citoyens israéliens éliront un nouveau parlement (la Knesset) et décideront ainsi également de leur futur gouvernement.

Or, la majorité laïque de la population, mais aussi la communauté juive sioniste religieuse du pays, ont plusieurs bonnes raisons d’envoyer l’actuel gouvernement dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahou dans le désert du Sinaï.

Cela concerne notamment les avantages flagrants accordés aux juifs ultra-orthodoxes, qui représentent environ 14 % de la population israélienne, mais qui bénéficient, grâce au gouvernement actuel, d’aides financières considérables. De plus, ils sont toujours, de facto, exemptés du service militaire obligatoire, bien que la Cour suprême ait déjà statué en 2024 que cette situation n’était pas conforme à la loi.

De toute façon, la Cour suprême est une épine dans le pied du gouvernement actuel, ce qui explique pourquoi celui-ci cherche à la priver de ses pouvoirs par le biais d’une réforme judiciaire controversée. Cela ne plaît pas non plus à de nombreux Israéliens, car ils considèrent cette évolution comme un affaiblissement de la démocratie. Israël ne disposant ni de constitution ni de loi fondamentale, la Cour suprême revêt, en tant qu’instance de contrôle du gouvernement dans l’État juif, une importance plus grande que dans de nombreuses autres démocraties occidentales. Ce système de « freins et contrepoids » a fait ses preuves par le passé.

Mais avant tout, le gouvernement doit assumer la responsabilité du fait que, sous son mandat, le 7 octobre 2023, plus de 5 000 terroristes et leurs partisans ont envahi le sud d’Israël depuis Gaza et y ont sauvagement assassiné plus de 1 200 personnes, du tout-petit à la personne âgée.

Et ce n’est pas tout : à ce jour, le gouvernement refuse de mettre en place une « commission d’État » chargée d’enquêter en toute indépendance sur les défaillances des responsables politiques, de l’armée et des services secrets avant le 7 octobre. Comme cela avait été le cas, par exemple, après la guerre du Yom Kippour de 1973.

Par ailleurs, on peut reprocher au gouvernement – et en particulier au ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben-Gvir – que les relations entre les pays occidentaux et l’État juif n’aient cessé de se détériorer ces dernières années.

En ce qui concerne l’action de l’armée israélienne (Tsahal) lors de la guerre de Gaza, les accusations portées à l’encontre d’Israël sont certes infondées : Tsahal a respecté le droit international humanitaire à Gaza. Tout le reste n’est que calomnies à motivation politique et sans fondement factuel. Cela vaut tout particulièrement pour l’infâme accusation de génocide. Celle-ci n’est étayée par aucun jugement de la Cour internationale de justice, et aucune conclusion de ce type ne peut être tirée des procédures menées jusqu’à présent.

Mais sur un autre sujet, le gouvernement israélien fait l’objet de critiques justifiées de la part de l’étranger – ainsi que d’une partie non négligeable de sa propre population : son attitude face aux actes de violence, de plus en plus fréquents et violents, commis par des colons juifs radicaux en Cisjordanie à l’encontre de la population arabe locale.

Le gouvernement actuel assiste sans rien faire à cette terreur exercée par les colons – voire la soutient indirectement en empêchant les forces de sécurité compétentes d’intervenir contre les colons violents. Des hommes politiques d’extrême droite tels qu’Itamar Ben-Gvir ou Bezalel Smotrich agissent ainsi par conviction. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, quant à lui, tolère la violence des colons car, à l’approche des élections du 27 octobre, il ne souhaite pas s’attirer les foudres des électeurs et électrices situés à l’extrême droite de l’échiquier politique. Selon les prévisions électorales actuelles, il aura toutefois du mal à rester à la tête du gouvernement, même avec leur soutien.

Les raisons pour lesquelles le gouvernement actuel de Jérusalem reste les bras croisés face aux agissements criminels des colons en Cisjordanie sont, en fin de compte, secondaires. Et le fait que cela pèse sur ses relations avec les pays occidentaux, y compris les États-Unis, n’est pas non plus déterminant. Quiconque souhaite critiquer Israël a toujours trouvé, jusqu’à présent, une raison de le faire – à tort ou à raison.

Ce qui est en revanche déterminant, c’est que le fait de laisser se poursuivre la terreur exercée par les colons à l’encontre des Arabes résidant en Cisjordanie viole les principes fondamentaux d’un État de droit – et sape ainsi la démocratie.

L’État juif ne peut pas plus se le permettre que ne pourraient le faire la Suisse, l’Allemagne, la France, l’Italie ou les États-Unis. C’est pourquoi Israël a besoin d’un nouveau gouvernement.


[i] Sacha Wigdorovits est président de l’association « Fokus Israel und Nahost », qui gère le site web www.fokusisrael.ch . Il a étudié l’histoire, la philologie allemande et la psychologie sociale à l’université de Zurich et a notamment travaillé comme correspondant aux États-Unis pour le SonntagsZeitung ; il a également été rédacteur en chef du BLICK et cofondateur du journal gratuit 20minuten.

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