Donald Trump perd le contrôle de la situation au Proche-Orient
Résumé
- Pour la énième fois, le président américain Donald Trump a annoncé cette semaine qu’un accord avait été conclu avec l’Iran.
- Malgré ses promesses, Trump contrôle de moins en moins la situation au Proche-Orient.
- Depuis l’abandon de la guerre contre l’Iran, Trump a commis des erreurs dans ses relations avec les mollahs et avec Benjamin Netanyahu.
- Les dirigeants iraniens se moquent de Trump, et même le Premier ministre israélien ne le suit plus que de manière limitée.
- Il en résulte une grande incertitude quant à l’évolution de la situation en Iran, au Liban et à Gaza.
Par Sacha Wigdorovits
Certes pas toutes les heures, mais à un rythme quasi quotidien, le président américain Donald Trump n’a cessé de répéter ces dernières semaines, sur sa plateforme de réseaux sociaux «Truth Social» et dans les médias américains : « Un accord avec l’Iran est sur le point d’être conclu. » Il l’a fait pour la dernière fois ce jeudi. On pourrait y répondre par ces mots de Faust de Goethe : « J’entends bien le message, mais la foi me manque. » Car cela fait maintenant plus de deux mois que Trump fait cette annonce – mais jusqu’à présent, elle ne s’est jamais concrétisée.
Il est peu probable que la situation change cette fois-ci non plus. Au contraire, il apparaît de plus en plus clairement que Trump a commis une grave erreur en mettant prématurément fin à la guerre contre l’Iran, qui avait débuté fin février, sous la pression de la politique intérieure.
Car il est naïf de croire que l’on puisse convaincre les mollahs, à la table des négociations, de renoncer à leur programme d’armement nucléaire et de missiles. Ils n’accepteront jamais de le faire et n’utilisent ces pourparlers que pour gagner du temps. Car ils savent que plus les élections de mi-mandat de novembre approchent, moins Trump peut se permettre de nouvelles hostilités.
C’est pourquoi le gouvernement iranien provoque les États-Unis par des provocations sans cesse renouvelées. La dernière en date a été la destruction d’un hélicoptère de combat américain Apache. Le régime de Téhéran savait pertinemment que Trump, pour sauver un minimum la face, se verrait contraint de riposter. Et il était tout aussi évident que la réaction américaine serait alors à nouveau suivie d’une attaque iranienne.
Tout cela montre que, malgré la rhétorique pacifiste de Trump, dictée par des considérations de politique intérieure, il ne faut guère s’attendre à un accord avec les mollahs. Le fait que le président américain se montre à nouveau optimiste quant à la conclusion d’un accord n’y change rien – alors que Téhéran fait savoir qu’un tel accord n’est pas encore conclu.
C’est pourquoi l’ancien chef d’état-major adjoint de l’armée américaine, le général quatre étoiles Jack Keane, a récemment déclaré sur la chaîne de télévision Fox News que le régime iranien ne faisait que gagner du temps afin d’accroître la pression politique et économique sur le président Trump : « Il n’y aura pas d’accord (avec l’Iran, ndlr), et il n’y a donc pas d’autre alternative qu’une guerre menée de toutes nos forces. » L’ancien directeur de la CIA, le général David Petraeus, considère également cela comme un scénario réaliste.
La poursuite de la guerre contre l’Iran est d’autant plus probable que Trump s’est également trompé dans son appréciation du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Il était persuadé que ce dernier se plierait en tout état de cause à ses exigences afin de ne pas compromettre l’aide américaine à l’État juif. Trump l’a répété à maintes reprises en public, d’une manière humiliante pour Netanyahou. Ce faisant, il l’a également désavoué sur le plan de la politique intérieure.
Dimanche dernier, le Premier ministre israélien a donc manifestement perdu patience. Peu après que Trump lui eut demandé de ne pas réagir aux tirs de roquettes des mollahs, il a ordonné à l’armée de l’air israélienne de bombarder des cibles en Iran. Contre la volonté de Trump également, l’armée israélienne a en outre pris pour cible, dans la capitale libanaise Beyrouth, des sites de l’organisation terroriste locale, le Hezbollah – en réponse aux tirs de roquettes du Hezbollah sur le nord d’Israël.
Cette « désobéissance » envers le président américain, connu pour son caractère impulsif et imprévisible, est sans aucun doute risquée pour Israël. Mais Netanyahou prend ce risque pour deux raisons. Premièrement, tout comme Donald Trump, il est lui aussi sous pression en raison des prochaines élections législatives en Israël et doit pouvoir faire état de succès dans la lutte contre l’ennemi juré, l’Iran, et le Hezbollah. Deuxièmement, il ne semble manifestement plus faire confiance à Trump en ce qui concerne l’Iran.
En effet, la crainte de Netanyahou n’est pas infondée : celle que le président américain conclue avec les mollahs un accord préjudiciable à Israël, dans le seul but d’éviter la poursuite de la guerre et de satisfaire ses propres électeurs. Dans ce contexte, il est logique que le Premier ministre israélien fasse passer les intérêts de son propre pays au premier plan au Liban et dans la lutte contre l’Iran, quitte à risquer un conflit ouvert avec Trump.
C’est ainsi que Netanyahou a annoncé ces derniers jours qu’il mènerait la guerre contre l’Iran, son ennemi juré, sans le soutien des États-Unis si nécessaire. Il a ainsi signalé non seulement à ses compatriotes et à Trump, mais aussi aux dirigeants de Téhéran, qu’il ne se laisserait pas dicter par les États-Unis une solution préjudiciable à l’État d’Israël – aide américaine ou pas.
En somme, le président américain s’est mis dans une situation délicate en menant une politique de va-et-vient vis-à-vis de l’Iran. Si l’accord avec le régime iranien, annoncé aujourd’hui en grande pompe, s’avérait une nouvelle fois être une chimère, la seule issue à cette impasse qui lui permettrait de sauver la face semble être la poursuite de la guerre contre les mollahs, avec une issue victorieuse.
Cette situation est d’autant plus fâcheuse pour Trump que son projet phare, le « Board of Peace », n’avance pas non plus à Gaza. En effet, l’organisation terroriste Hamas continue de refuser de rendre ses armes. C’était pourtant prévu dans le plan de paix en 20 points annoncé par Trump en octobre 2025. La normalisation et la reconstruction à Gaza restent donc encore loin d’être acquises.
Pour l’ensemble du Proche-Orient, ce qui a toujours été vrai vaut donc encore aujourd’hui : l’incertitude règne.
Sacha Wigdorovits est président de l’association Fokus Israel und Nahost, qui gère le site web fokusisrael.ch. Il a étudié l’histoire, la germanistique et la psychologie sociale à l’université de Zurich et a travaillé, entre autres, comme correspondant aux États-Unis pour la SonntagsZeitung, a été rédacteur en chef du BLICK et cofondateur du journal pour pendulaires 20minuten.
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