En bref

Élections à la KnessetYair Golan parviendra-t-il à redonner vie à la gauche israélienne, menacée de disparition ?

À l’approche des élections législatives israéliennes du 27 octobre, FokusIsrael.ch vous présente les principales personnalités politiques de l’État juif. Cette semaine : Yair Golan, du parti social-démocrate « Les Démocrates ».

Par Jan Kapusnak

Yair Golan, 64 ans, incarne une tradition politique qui a dominé Israël pendant des décennies, mais qui lutte désormais pour sa survie : la gauche sioniste axée sur la sécurité. Son parti, « Les Démocrates », est né de la fusion entre le Parti travailliste et Meretz en 2024 et se définit comme un mouvement sioniste et social-démocrate, attaché à un Israël juif, démocratique et égalitaire.

Golan ne deviendra probablement pas le prochain Premier ministre d’Israël. Les derniers sondages concernant les élections à la Knesset du 27 octobre prévoient généralement entre neuf et onze sièges pour les « Démocrates » au sein de ce parlement composé de 120 membres. Le parti pourrait néanmoins s’avérer indispensable à toute coalition souhaitant évincer Benjamin Netanyahu. La mission de Golan ne consiste donc pas seulement à remporter des voix, mais aussi à redynamiser le camp politique qui a fondé l’État et qui a depuis été réduit à un rôle quasi insignifiant.

Un politologue issu du milieu militaire

Né et ayant grandi à Rishon LeZion, Golan a étudié les sciences politiques, l’administration publique et les relations internationales à l’université de Tel-Aviv. Il a ensuite obtenu un master en administration publique à la Kennedy School of Government de l’université de Harvard.

Golan a servi pendant près de quatre décennies au sein de l’armée israélienne (IDF) et a gravi les échelons, passant du grade de parachutiste à celui de chef d’état-major adjoint. Au cours de la deuxième Intifada, il a commandé la division de Judée-Samarie ainsi que les commandements du front intérieur et du Nord. Loin d’être un pacifiste, Golan considère que les Forces de défense d’Israël (Tsahal) sont indispensables, mais souligne qu’elles doivent s’inscrire au service d’une stratégie politique.

Après avoir quitté l’armée, Golan s’est lancé dans la politique en 2019, au sein du Parti démocratique israélien dirigé par Ehud Barak, qui s’est associé à Meretz et au Mouvement des Verts au sein de l’Alliance pour l’Union démocratique. Il a ensuite représenté Meretz à la Knesset et a occupé le poste de ministre adjoint de l’Économie au sein du gouvernement de Naftali Bennett et Yair Lapid. Ses débuts en politique n’ont suscité qu’un intérêt limité.

Ses provocations prennent le pas sur ses arguments valables

Son attitude directe et sans détours a souvent conduit Golan à entrer en conflit avec la droite politique. Lors d’une cérémonie de commémoration de l’Holocauste en 2016, il a averti qu’il pouvait identifier des « processus séditieux » dans l’Israël contemporain, semblables à ceux que l’on avait observés il y a 70, 80 et 90 ans en Europe en général – et en Allemagne en particulier. S’il n’a certes pas affirmé qu’Israël était l’Allemagne nazie, la comparaison n’en restait pas moins explosive. Netanyahou l’a qualifié de scandaleux, tandis que Golan a laissé entendre par la suite que cette polémique aurait pu lui coûter son poste de chef d’état-major des Forces de défense israéliennes.

Le discours public révèle à la fois la force caractéristique de Yair Golan et sa faiblesse chronique. Golan est prêt à s’opposer à l’intolérance et aux abus de pouvoir, même lorsque cela est impopulaire. Mais il présente souvent des arguments valables dans un langage si provocateur que le scandale qui en résulte détourne l’attention du fond du propos.

Le 7 octobre, il a sauvé de son propre chef des survivants…

Lorsque les premières informations concernant l’attaque du Hamas sont parvenues à Yair Golan le 7 octobre 2023, il a enfilé son uniforme et s’est rendu dans le sud sans attendre d’instructions. Alors que le gouvernement et le commandement militaire peinaient encore à saisir l’ampleur de la catastrophe, il s’est rendu à plusieurs reprises dans la zone du festival de musique Nova et a évacué des survivants à bord de sa voiture. Cet épisode a donné à son engagement politique une forte dimension symbolique : un ancien général de gauche qui a agi avec détermination alors que le gouvernement semblait paralysé.

… et a été pour cela traîné dans la boue par Sara Netanyahu

En août 2026, Sara Netanyahu, l’épouse du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a tenté de discréditer cet acte courageux. Dans une interview accordée à la chaîne de télévision « Channel 14 », elle a déclaré que Golan s’était rendu « très tôt » dans le sud d’Israël, déjà habillé et prêt à intervenir, alors que d’autres – dont le Premier ministre – ne savaient pas encore ce qui se passait. Ses propos semblaient laisser entendre qu’il avait eu connaissance à l’avance de l’attaque du Hamas.

Golan lui a alors reproché d’avoir tenté, par cette insinuation scandaleuse, de faire passer pour des traîtres ceux qui défendaient le pays à l’époque, tout en occultant la part de responsabilité du gouvernement dans cette catastrophe. Ses avocats ont exigé de Sara Netanyahu qu’elle présente des excuses publiques et ont menacé d’intenter une action en diffamation d’un montant de 2,5 millions de shekels (0,6 million de CHF, 0,8 million d’EUR), toute indemnisation devant être reversée aux survivants du Nova.

Golan a souligné qu’il n’avait pris connaissance de l’attaque qu’au moment où les sirènes ont retenti, à 6 h 29 du matin. Il a alors pris son arme et s’est rendu vers le sud. Sara Netanyahu a nié avoir laissé entendre, par ses propos, que Golan était au courant à l’avance, et a refusé de présenter ses excuses. Golan a par la suite qualifié cette accusation de campagne ciblée visant à réécrire l’histoire du 7 octobre et à discréditer les opposants au gouvernement.

La fusion des partis de gauche a été imposée

Ce regain d’importance a permis à Yair Golan de prendre la tête du Parti travailliste en 2024 et de mener à bien la fusion, longtemps reportée, avec Meretz. La création des « Démocrates » reflétait à la fois une nécessité électorale et une convergence idéologique. En 2022, le Parti du Travail a tout juste franchi le seuil électoral de 3,25 %, tandis que Meretz a même échoué à le franchir, gaspillant ainsi, au sein de la gauche politique, les voix qui ont permis au bloc de Netanyahu d’obtenir la majorité.

Le nouveau parti « Les Démocrates » allie les traditions du Parti du Travail en matière de construction de l’État, de solidarité sociale et de sécurité à l’accent mis par Meretz sur les droits civiques, la laïcité, les droits des minorités et la fin de la domination permanente sur les Palestiniens. Il a également accueilli des militants issus du mouvement de protestation opposé au gouvernement et a fait de la défense de la justice et d’autres institutions indépendantes un élément central de son identité.

Une foi inébranlable en un Israël libéral et démocratique

Golan réfute l’affirmation selon laquelle la société israélienne se serait durablement déplacée vers la droite. Il estime que la plupart des Israéliens sont favorables à la liberté individuelle, à l’égalité des responsabilités en matière de service militaire, à un État-providence efficace et à des accords diplomatiques qui consolident les succès militaires. Il présente donc la division centrale du pays non pas tant comme un clivage entre la gauche et la droite, mais plutôt comme une rivalité entre un camp autoritaire et corrompu et un camp libéral et démocratique.

Yair Golan milite en faveur d’une Constitution écrite, d’une limitation à deux mandats pour les Premiers ministres et d’une plus grande décentralisation du pouvoir vers les communes. « Les Démocrates » s’engagent à mettre en place une commission d’enquête nationale sur les défaillances liées aux événements du 7 octobre et à abroger les lois relatives à la réforme de la justice. Leur programme de politique intérieure porte également sur l’égalité des sexes, les droits des personnes LGBTQ, le mariage civil et les transports publics le shabbat.

La protection sociale plutôt que le subventionnement des ultra-orthodoxes

Sur le plan économique, Golan positionne son parti nettement à gauche de la plupart de ses concurrents sionistes. Il réclame un État-providence plus fort, une éducation de la petite enfance abordable et des investissements publics accrus dans les soins de santé, les écoles et le logement. Selon lui, les fonds actuellement consacrés aux colonies et au financement des études à plein temps de la Torah pour les hommes ultra-orthodoxes exemptés du service militaire devraient plutôt servir à soutenir les familles actives. Selon lui, un service militaire ou civil obligatoire est à la fois une nécessité économique et une condition préalable à l’égalité civique.

Séparation d’avec les Palestiniens, mais sans État propre pour l’instant

En ce qui concerne les Palestiniens, Golan reste attaché à la séparation, mais a revu sa position depuis le 7 octobre. Il reconnaît qu’une création immédiate d’un État palestinien n’est pas réaliste, car les Israéliens ne font plus confiance à la partie adverse. Israël, dit-il, doit préserver sa liberté d’action militaire tant que les organisations terroristes restent actives. Dans le même temps, l’annexion de la Cisjordanie et l’intégration de millions de Palestiniens détruiraient Israël tant en tant qu’État juif qu’en ce qui concerne ses fondements démocratiques.

L’approche de Golan vis-à-vis des Palestiniens s’apparente davantage à celle de la gauche traditionnelle en matière de politique de sécurité, incarnée par Yitzhak Rabin, qu’à l’optimisme associé aux accords de paix d’Oslo au début des années 1990. Pour lui, une chose est claire : les FDI doivent attaquer les terroristes, empêcher la contrebande d’armes et préserver des frontières défendables, mais leurs acquis doivent en fin de compte être ancrés dans des accords régionaux et diplomatiques.

Dans la bande de Gaza, Golan s’oppose tant à la domination israélienne permanente qu’au retour du Hamas. Il plaide en faveur de la mise en place d’une Autorité palestinienne réformée, avec le soutien de l’Égypte, de la Jordanie, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, tout en veillant à ce qu’Israël conserve sa capacité à lutter contre les menaces pour sa sécurité.

Critique des colons extrémistes, considérés comme une menace nationale

Yair Golan critique ouvertement la violence des colons juifs extrémistes, qu’il qualifie de terroristes juifs. Selon lui, ces attaques détournent les soldats de leur mission de défense des frontières d’Israël, attisent les troubles parmi les Palestiniens et nuisent à l’image du pays sur la scène internationale. Contrairement à une partie de la gauche traditionnelle, il présente toutefois cette question avant tout comme une menace pour la sécurité nationale, l’autorité de l’État et l’État de droit, et non comme une expression de solidarité avec les Palestiniens.

Les critiques de Yair Golan à l’égard de la guerre de Gaza ont parfois suscité de vives polémiques. En mai 2025, il a déclaré qu’un « pays raisonnable » ne combattait pas des civils et « ne tuait pas des bébés pour le plaisir ». Golan a certes précisé par la suite que cette déclaration ne visait pas les soldats de l’armée israélienne, mais les ministres qui prônaient la destruction ou la famine à Gaza. Cependant, cette explication n’a guère contribué à atténuer le préjudice qu’il s’était lui-même infligé par ses propos. Ses adversaires ont présenté ces propos comme une diffamation sanglante, et même les autres détracteurs de Netanyahu les ont condamnés. Cette déclaration a également fourni des arguments aux adversaires internationaux d’Israël.

Par sa rhétorique incontrôlée, il s’aliène ses électeurs

Golan se distingue par son courage et son sérieux stratégique. Sa plus grande faiblesse politique réside dans son langage sans filtre. Il formule de manière si maladroite des déclarations censées mettre en garde les Israéliens contre la décadence morale qu’il s’aliène précisément les électeurs dont il a pourtant besoin.

La situation politique résultant des élections législatives confère néanmoins une certaine influence à Yair Golan. Il exclut toute formation de gouvernement avec Benjamin Netanyahu et ses partenaires d’extrême droite, Itamar Ben-Gvir ou Bezalel Smotrich, et refuse toute coalition avec le Likoud, même sous une éventuelle nouvelle direction. Il est prêt à coopérer avec Naftali Bennett, Avigdor Lieberman et Gadi Eisenkot, malgré leurs divergences idéologiques.

Ouvert à la participation des Arabes au gouvernement

Yair Golan se montre également plus ouvert à la participation des partis arabes au gouvernement que la plupart des dirigeants de l’opposition sioniste. Il rejette l’exclusion automatique des citoyens arabes d’Israël et de leurs représentants d’une coalition gouvernementale, qu’il juge antidémocratique. Il y a quelques semaines, M. Golan a décrit Mansour Abbas, le président du parti arabe Ra’am, comme un partenaire loyal du gouvernement Bennett-Lapid de l’époque. M. Abbas aurait clairement reconnu Israël comme la patrie nationale du peuple juif. « Je n’ai pas honte de dire que, pour sauver Israël, nous accepterions d’intégrer un parti arabe dans cette coalition », a déclaré Golan, présentant la coopération judéo-arabe comme essentielle à la guérison de la société israélienne.

Un partenaire de coalition potentiel sans influence décisive

Une telle flexibilité pourrait s’avérer indispensable pour évincer le Premier ministre Netanyahou du pouvoir. En effet, lors des élections à la Knesset qui se tiendront le 27 octobre, les partis opposés à Netanyahou pourraient certes remporter plus de sièges que les alliés de ce dernier. Mais s’ils ne remportent pas 61 sièges au sein du Parlement, qui en compte 120, cela ne suffira pas pour former un nouveau gouvernement. «Les Démocrates » pourraient donc s’avérer indispensables à la formation d’un nouveau gouvernement de coalition – sans toutefois disposer d’une influence suffisante pour en orienter de manière déterminante la ligne politique.

Golan a déjà réuni le Labor et le Meretz et remis sur pied une organisation partisane active. Plus de 97 000 membres ont participé aux primaires des « Démocrates » en juillet et ont élu des députés, des leaders de mouvements de protestation, d’anciens officiers ainsi que des militants arabes et des défenseurs des droits civiques. Néanmoins, les neuf à onze sièges prévus pour le parti restent bien en deçà de l’ancienne puissance du Parti travailliste.

La mission de Yair Golan consiste donc à préserver la gauche sioniste en tant que force indépendante et à contribuer à la formation d’un gouvernement de coalition capable de remplacer l’actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Son succès dépendra de l’image que les électeurs ont conservée de lui. Celle d’un ancien général courageux qui, le 7 octobre, s’est rendu de son propre chef et au péril de sa vie dans le sud du pays pour sauver des vies humaines. Ou celle d’un homme politique dont les propos provocateurs éclipsent sans cesse ses (bons) arguments.

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Jan Kapusnak est analyste politique et auteur. Il vit à Tel-Aviv.

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