En bref

Jositsch a raison : le PS a renoncé à l’humanisme

Pour les laïcs et les juifs comme Daniel Jositsch, le PS devient de plus en plus une zone de non-droit. Il est donc logique qu’ils tournent le dos au parti.

de Kacem El Ghazzali

Lorsque Daniel Jositsch, lui-même juif, a voté en 2024 au Parlement contre la poursuite du financement de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), il ne l’a pas fait sur la base de vagues soupçons, mais face à des faits accablants. Il ne s’agissait pas seulement des employés de l’UNRWA qui ont activement participé au pogrom du 7 octobre. Il s’agissait d’une organisation structurellement imprégnée par le Hamas : les centres de commandement et les fermes de serveurs des terroristes ont été placés directement sous le siège de l’UNRWA à Gaza, et le système éducatif de l’UNRWA ne se contente pas d’effacer Israël de ses cartes, mais glorifie systématiquement le culte des martyrs et sème la haine aveugle des Juifs dans ses manuels scolaires. Refuser d’alimenter inconditionnellement une telle agence, qui a fusionné avec le terrorisme, c’est faire preuve d’humanisme.

Mais les Jeunes Socialistes Zurichois ont réagi en demandant leur démission. Dans leur communiqué de presse, ils n’ont pas mentionné le massacre du 7 octobre. Leur coprésident a en revanche accusé Jositsch de « justifier un génocide ».

On pourrait objecter que les Jeunes socialistes ne sont qu’une organisation de jeunesse radicale à laquelle il ne faut pas comparer l’ensemble du parti. Mais c’est une auto-illusion bien commode. Les Jeunes Socialistes ont depuis longtemps pris le contrôle structurel et idéologique du parti mère. La direction du parti, incarnée par la coprésidence, est exactement issue de ce milieu. La ligne rouge entre les revendications maximales des Jeunes socialistes et le programme officiel du PS n’existe pratiquement plus.

Un parti qui sait qui il veut (ou pas)

Ce schéma est plus ancien que le cas Jositsch. En s’engageant dans cette voie, le PS suit la tendance globale d’une « alliance anti-impérialiste » entre une partie de la gauche et les islamistes – sur le modèle de Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne ou de La France Insoumise en France. Au cours des deux dernières décennies, la gauche européenne a développé une hiérarchie des identités à protéger. Au sommet se trouvent les musulmans – mais à une seule condition : qu’ils se présentent comme un collectif, qu’ils ne critiquent pas leur religion et qu’ils soient gérés par des militants de gauche comme des victimes de l’hégémonie occidentale. Les laïques d’origine musulmane, les critiques de l’islam, les éclaireurs issus du contexte arabe ou iranien passent à travers les mailles du filet.

Pour les Juifs, en revanche, c’est la version miroir qui s’applique : bienvenue tant que l’on critique Israël. Personne ne conteste qu’une critique sévère et objective de la politique gouvernementale israélienne est absolument nécessaire, tout comme les Israéliens eux-mêmes critiquent sans pitié leurs propres dirigeants. Mais une critique légitime ne consiste pas à inviter dans son propre parlement ceux qui légitiment le meurtre d’Israéliens. Lorsque le conseiller aux Etats socialiste genevois Carlo Sommaruga offre une scène au Palais fédéral à Rima Hassan, députée européenne radicale et sympathisante du Hamas, cela n’a plus rien à voir avec un discours politique. Tout juif ne peut que constater qu’un parti qui courtise de telles figures est devenu une zone de non-droit politique.

L’orientation idéologique se manifeste le plus clairement lorsque le mur coupe-feu contre la droite, dont on parle tant, s’effondre soudainement : c’est-à-dire lorsque cette « droite » a une connotation islamo-conservatrice. Le même parti qui fait pression sur les amis d’Israël pour qu’ils se justifient ferme les yeux lorsque la machine de propagande d’Erdogan soutient ouvertement et bruyamment une candidate du PS zurichois portant le foulard. La réalité est amère : le tapis rouge est déroulé pour les islamistes, les laïcs sont mis à l’écart et les juifs doivent regarder les apologistes de la terreur être courtisés.

Mario Fehr, Chantal Galladé, Daniel Frei, Bernhard Hauser et Daniel Jositsch ont reconnu ce problème depuis longtemps. Ces noms ne marquent que le début d’une évolution qui ne s’arrêtera pas de sitôt. L’épuration idéologique du PS a commencé depuis longtemps.

Kacem El Ghazzali défend l’humanisme libéral contre les islamistes en Orient et contre les tendances autoritaires de gauche et de droite en Occident. L’essayiste helvético-marocain et militant des droits de l’homme brise les schémas de pensée figés et inscrit les débats dans un contexte mondial.

Cet article est d’abord paru dans Schweizermonat: Lire l’article

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