En bref

L’avenir du Moyen-Orient est en suspens – et le nôtre aussi.

Il s’agit d’une « opportunité historique pour la paix » : c’est ainsi que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a vendu jeudi soir le cessez-le-feu immédiat avec le groupe terroriste Hezbollah au Liban qui lui a été imposé par le président américain Donald Trump.

« J’entends bien le message, mais je n’ai pas la foi », dit le Dr Faust de Goethe. C’est également le cas de la plupart des Israéliens. Cela ne s’applique pas seulement aux partisans des partis d’opposition, dont les dirigeants ont immédiatement et massivement condamné l’inflexion de Netanyahu. Cela vaut aussi et surtout pour la population du nord du pays, qui souffre depuis des années des tirs de roquettes du Hezbollah. Elle espérait que l’actuelle campagne de l’armée israélienne au Liban écarterait définitivement ce danger.

Si Netanyahu rencontre la semaine prochaine à Washington le président libanais Joseph Aoun pour des pourparlers de paix, comme l’a annoncé le président Trump, il doit donc livrer la marchandise ! Pas seulement pour le bien de son pays, mais parce que sinon son sort politique sera définitivement scellé.

En effet, personne en Israël n’a oublié que le massacre du 7 octobre 2023 s’est produit sous son mandat. Certes, Netanyahou tente d’en rejeter la responsabilité et a jusqu’à présent réussi à empêcher une enquête réellement indépendante. Mais en fin de compte, la phrase inscrite sur un petit panneau de bois sur le pupitre du président américain Harry S. Truman s’appliquera aussi à lui : « The buck stops here ». Par quoi Truman voulait dire : « C’est moi qui suis responsable ».

Dans le cas des négociations de paix avec le Liban, cela signifie que tout résultat qui ne va pas dans le sens d’un désarmement complet et d’un retrait du pouvoir au Hezbollah est une défaite personnelle pour Netanyahu. Il en va de même pour son adversaire Aoun. En effet, le gouvernement libanais a lui aussi l’obligation de dissoudre le groupe terroriste. Mais pour lui, un échec devrait avoir des conséquences moins graves. En effet, il n’a déjà pas pu tenir des promesses similaires par le passé. On ne peut donc pas non plus attendre de lui qu’il le fasse maintenant.

Il n’est pas certain que les deux négociateurs parviennent, avec l’aide des Américains, à trouver une solution commune au problème du Hezbollah. Il faut l’espérer, dans l’intérêt des deux pays. Et ce n’est pas impossible. D’autant plus que les chances sont plus grandes si le Liban et Israël travaillent ensemble que si l’armée israélienne doit le faire seule. Mais ce sera difficile. En effet, en raison du cessez-le-feu actuel – prématuré – l’organisation terroriste chiite n’est pas suffisamment affaiblie pour se laisser désarmer sans résistance.

En revanche, une bonne solution à long terme semble totalement impossible dans le cas des négociations entre les États-Unis et l’Iran, qui se déroulent au Pakistan. Les gouvernements israélien et libanais ont tout de même un objectif commun : le retrait du pouvoir du Hezbollah. Mais dans le cas des Etats-Unis et du régime islamiste de Téhéran, ce n’est pas du tout le cas : ils sont loin d’être sur la même longueur d’onde.

Les États-Unis souhaitent à juste titre priver les mollahs de tout ce qui leur permettrait de fabriquer et de diffuser des armes nucléaires. Les islamistes purs et durs de Téhéran, en revanche, ne veulent pas être privés de ce potentiel. Sinon, ils ne pourront jamais atteindre leurs objectifs déclarés, à savoir la destruction d’Israël et la domination de l’Occident et du monde arabe.

Les négociations entre les Etats-Unis et l’Iran semblent donc vouées à l’échec. Cependant, étant donné que le président américain Trump est sous pression sur le plan intérieur en raison de la guerre au Moyen-Orient, un compromis boiteux ne peut pas être exclu. Les principales victimes seraient alors la population iranienne, qui souffre depuis des décennies de son régime inhumain, et Israël, dont l’adversaire le plus dangereux pourrait une fois de plus sortir la tête de l’eau. Mais les pays arabes de la région du Golfe seraient également mécontents. En effet, ils espèrent eux aussi que le danger que représentent les mollahs de Téhéran pourra désormais être définitivement écarté par les Etats-Unis et Israël.

Le fait que ce danger existe aussi pour nous en Europe à moyen et à long terme est également un fait. Mais personne ne veut l’entendre ici. Dans les années 1960 révolutionnaires, on pouvait lire sur les murs de nombreux bâtiments « Imaginez que ce soit la guerre et que personne n’y aille ». Seule la deuxième partie de la phrase manquait, car elle était alors – comme aujourd’hui – impopulaire : « Alors la guerre viendra à vous ».


[i] Sacha Wigdorovits est président de l’association Fokus Israel und Nahost, qui gère le site fokusisrael.ch. Il a étudié l’histoire, la germanistique et la psychologie sociale à l’université de Zurich et a travaillé entre autres comme correspondant aux Etats-Unis pour la SonntagsZeitung, a été rédacteur en chef du BLICK et cofondateur du journal pour pendulaires 20minuten.

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