Le président le plus faible depuis 1776 : Donald Trump capitule. L’Iran l’emporte.
Par Markus Somm
Ceux qui connaissent «Roger contre Markus», l’émission hebdomadaire polémique que j’anime avec Roger Schawinski sur Radio 1, savent que je répète depuis des années que j’approuve à 82 % le contenu de la politique de Donald Trump, le président américain.
- Quand Roger reprend son souffle et proteste, j’ajoute : « D’accord, donc 83 %. »
- Roger a de quoi se réjouir. Désormais, ce chiffre s’élève à 47 % pour moi.
Ce que Trump a signé cette semaine au château de Versailles est l’un des actes de capitulation les plus embarrassants que les États-Unis aient jamais signés.
Je trouve même que la fin de la guerre du Vietnam n’était pas si grave, même si elle fut dévastatrice, et que les communistes nord-vietnamiens n’ont pratiquement pas respecté, peu après, ce qu’ils avaient promis par écrit et de manière sournoise. Les États-Unis leur ont livré le Sud-Vietnam en pâture. Il s’agissait tout de même d’un retrait, après avoir mené la guerre pendant huit ans et perdu environ 58 000 soldats.
- Selon les informations fournies par le Pentagone, 13 soldats américains ont perdu la vie à ce jour dans la dernière guerre opposant les États-Unis à l’Iran.
- Et Donald Trump perd son sang-froid.
Dans la précipitation, dans l’agitation, voire dans le désespoir, il a signé, en pleine nuit, un accord dont il avait annoncé la conclusion imminente une quarantaine de fois au cours des dernières semaines. C’est ainsi que l’homme le plus puissant du monde peut bien sûr se ridiculiser et passer pour le plus grand idiot de la planète.
- Il va sans dire que les 13 morts ne sont pas la raison pour laquelle Trump souhaite mettre fin au conflit avec l’Iran.
On ne dispose pas d’informations plus précises.
- Ce qu’il dit n’a de toute façon que peu d’importance, car Trump affirme lui aussi qu’il s’agit du meilleur accord de tous les temps.
Pour une fois, quand on pense aux déclarations habituelles de Trump, c’est un peu exagéré. Attention, ironie.
« Art of the Deal » ? Ce que le soi-disant « maître négociateur » de l’histoire mondiale a concédé à l’un des régimes les plus brutaux et les plus illégitimes de notre époque laisse sans voix, pour autant que l’on prenne la peine de se plonger dans le langage servile de l’accord : L’Iran n’a pratiquement aucune concession à faire – celle-ci consistant essentiellement à mettre fin au blocage illégal du détroit d’Ormuz –
- et, en contrepartie, l’Iran obtient de la part des États-Unis la levée du blocus des ports iraniens et de la quasi-totalité des autres sanctions.
- D’importantes sommes d’argent affluent à nouveau vers l’Iran, qui peut ainsi se réarmer et fournir des armes à ses alliés terroristes, notamment le Hezbollah au Liban.
- De plus, il est prévu de créer un fonds de 300 milliards de dollars pour financer la reconstruction de l’Iran – et qui devra en assumer les frais ? Bien entendu, les États du Golfe, que l’Iran a bombardés sans crier gare.
Le diable est récompensé pour avoir bien fait monter la température en enfer.
Reste à savoir si, au cours des 60 prochains jours, comme convenu, l’Iran fera des concessions, ne serait-ce qu’en matière de programme nucléaire ; mais dans l’univers de Trump, l’Iran reste une puissance nucléaire potentielle – et cela lui est désormais indifférent.
Il y a quelques semaines encore, Trump affirmait avec obstination que l’Iran ne devait en aucun cas posséder la bombe atomique.
- Qu’est-ce que j’en ai à faire de mes propos d’hier ?
- Sans être psychologue de formation, je dirais que cet homme souffre d’un TDAH en matière de politique étrangère.
Sans voix : le chroniqueur israélien Amit Segal, que j’ai déjà cité à plusieurs reprises, compare cet « accord » à la fin de la Seconde Guerre mondiale :
- « Ce serait comme si, à l’époque, on avait conclu la paix avec les nazis alors qu’ils étaient encore au pouvoir, et qu’on leur avait promis que la France et la Grande-Bretagne financeraient la reconstruction de l’Allemagne. »
Donald Trump s’est engagé à entrer dans l’histoire. Il devrait y parvenir. S’il ne fait pas attention, il restera dans les livres d’histoire comme le président le plus faible depuis 1776.
La gauche le déteste depuis longtemps, la droite vient tout juste de commencer à le mépriser. J’en fais partie.
Ou, pour reprendre les mots de Benjamin Franklin, l’un des grands pères fondateurs des États-Unis : « Il faut de nombreuses bonnes actions pour se forger une bonne réputation, et une seule mauvaise pour la perdre. »
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Markus Somm est rédacteur en chef de Nebelspalter.ch, site sur lequel cet article a été publié.
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